CAVALIER ROMAND, juillet 2008    
 
 
NOUVELLISTE, (Valais Suisse) Août 2008  

Contrairement à beaucoup d'enfants, Gilliane Senn a découvert très tôt sa passion puisqu'elle enfourche pour la première fois sa monture à l'âge de 8 ans. A partir de ce moment précis, elle n'en descendra plus. Malgré les réticences de sa maman face à cette activité à risques, Gilliane débute l'équitation dans un petit manège du Châble. LÀ, elle apprend les rudiments de ce sport et pratique une équitation qu'elle qualifie maintenant de «classique». Plus tard, elle descend de sa vallée pour monter au manège de Martigny. Mais les cours de dressage et les promenades hebdomadaires ne suffisent pas à Gilliane. Elle sent que quelque chose manque. Le vrai contact avec l'animal...

La monte naturelle

Une année plus tard, Gilliane rencontre un propriétaire privé qui lui met ses chevaux à disposition. Et c'est dans ce petit manège qu'elle voit pour la première fois la jument avec laquelle elle créera une complicité étonnante...«Vany», une pur-sang suisse. Sa propriétaire propose alors à la jeune fille de s'en occuper. Très vite, Gilliane a envie d'essayer des exercices quelque peu particuliers. Progressivement, Gilliane apprivoise la jument au caractère vif et décide de se mettre à la monte naturelle. Cela consiste à travailler avec le cheval en liberté, le cavalier pouvant rester à terre. Bien que les premiers essais ont parfois été décourageants car le cheval est nerveux, Gilliane s'arme de patience et persévère. Elle prend quelques cours avec Yvan Minguely, cavalier fribourgeois réputé. Mais son salaire d'apprenti l'oblige à mettre un terme cette collaboration. En cherchant des techniques sur l'internet, la cavalière autodidacte réussit à dompter «Vany». Elle peut alors se promener à cru, seulement munie d'une corde autour de l'encolure de l'animal. «D'une fois que les premiers exercices sont acquis, ça s'enchaine très vite. Mais il n'y a pas de miracle, c'est la répétition des exercices et la patience qui font qu'au bout du compte, le cheval te donne ce que tu attends», explique Gilliane. En décembre dernier, la jeune cavalière donne son premier spectacle au manège de Sion. Mais une nouvelle fois, elle aspire à plus...

Et la voltige aussi

Inspirée par une cavalière française, Gilliane s'attaque à la voltige. A nouveau, elle part de zéro, mais toujours avec «Vany» à ses côtés. C'est encore sur l'internet qu'elle trouve des exercices appropriés. «J'avais besoin de faire quelque chose de plus physique, mais toujours en relation avec le cheval», confie-t-elle. Et ce sont enfin les conseils précieux de Yann Antille, le maréchal régional lui aussi adepte de voltige, qui permettent à Gilliane de progresser rapidement. «Ce n'est pas facile de faire de la voltige en Valais. Il n'y a aucun club. J'ai aussi eu beaucoup de difficulté à trouver une place où m'entrainer. J'ai surtout travaillé sur la digue du Rhône, faute d'infrastructure», explique Gilliane. Derrière ce tempérament calme se cache une jeune femme qui n'a pas froid aux yeux. La voltige c'est beau mais c'est tout de même dangereux. La cavalière l'explique clairement. «Dans cette discipline, il faut beaucoup de sérieux. Si on lâche une prise, cela peut être mortel.» C'est finalement après six mois de travail en voltige que Gilliane et «Vany» ont pu présenter leur second spectacle, plus complet cette fois, au manège de Martigny. Aujourd'hui, plus sûre que jamais que son avenir doit se composer avec les chevaux, Gilliane cherche une place dans un manège en France, où sa discipline est plus reconnue.


Une 3ème place au festival Equestria

Cela fait quelques jours que Gilliane et "Vany" foulent à nouveau le territoire Suisse. Séléctionnée grâce à des vidéos, toutes deux ont participé à Equestria, le fameux festival équestre français qui se deroule fin juillet début aout.

"Participer à ce festival m'a beaucoup appris. Dans un premier temps, cela m'a permis d'améliorer mon spectacle. J'ai également pu tester le comportement de mon cheval dans un milieu totalement étranger. Vany m'a surprise par son attention et son calme lors des représentations."

Pour cet inséparable duo, l'expérience est inoubliable : présenter leur spectacle deux fois par jours les a rendus plus complices. Quant à sa troisième place la cavalière n'en revient toujours pas. "Quand j'ai appris que j'étais dans les dix meilleurs et que je devais reproduire mon spectacle pour le classement final, j'étais extrêmement surprise. Et le lendemain quand on m'a décerné le troisième prix, c'etait encore plus incroyable" explique Gilliane encore pleine d'émotions.

"Tous les encouragements que j'ai reçus pendant le festival m'ont fait beaucoup de bien. Maintenant, je sais que c'est mon milieu."

Le 30 aout prochain, Gilliane et "Vany se produiront au festival d'art équestre à l' IENA à Avenches.

 

CHEVAL ATTITUDE 2008-2009, décembre février  
GILLIANE SENN ET VANY, UNE HISTOIRE D'AMOUR ET DE VOLONTE


«Une belle jument baie foncée aux allures decoiffantes, une jeune femme toute aussi brune à l'estomac bien accroché, Vany et Gilliane, couple totalement inconnu du grand public en France, débarquent pour la première fois sur la scène de l'hexagone. Le numéro attire mon regard présente la jeune femme à cru sur sa jument en quasi-totale liberté (une petite cordelette sombre autour de l'encolure pour un minimum de sécurité), au triple galop, sautant à la corde ! Une prouesse plutôt inédite, que chacune des deux semble apprécier particulièrement.

Un destin heureusement brisé !

L'histoire de Vany, c'est celle d'une « crevette » pur-sang Suisse, mélange de pur-sang Anglais et de cheval de sang Suisse. A deux ans, elle est éduquée pour les courses mais son gabarit tropo petit ne lui permet pas de continuer si tôt dans cette voie. « Heureusement » me souffle, Gilliane...Vany part une année au pré, mais son destin la rattrape alors et la voici remise dans le « circuit ». Malgré tout, elle reste « la petite crevette » des champs de courses. J'ai une photo d'elle - me confie Gilliane – où on la voit sortir de sa « cage de départ » en pleine élan au côtés d'un cheval qui fait deux fois sa taille. Elle le regarde d'un air de dire « toi, tu vas me manger ? »...

Mais le destin en decide autrement : l'avenir de Vany n'est décidément pas sur les champs de course. Le propriétaire de l'époque décède et ses héritier finissent par la revendre. La « crevette » est rachetée par un monsieur trop costaud pour elle. Son dos ne le supporte pas, elle est sujette aux tendinites : changement de propriétaire à nouveau. Une dame « souhaitant un cheval noir », la rachète, pensant pouvoir faire de la balade avec elle. Mais une fois encore, Vany, n'a pas sa place. Elle a trop de sang pour se transformer aussi en jument de loisir. A l'origine, elle a quand même été éduquée pour être galopeuse sur les champs de cours, il ne faut pas l'oublier... Malgré quelques tentatives sa propriétaire n'a pas le niveau nécessaire pour la monter. Mais elle aime tant sa jument qu'il lui est impensable de s'en séparer et c'est finalement le hasard qui met Vany sur le chemin de Gilliane.

Le goût du risque ?


La jeune femme monte à l'époque dans une écurie privée. Elle n'a pas de cheval à elle mais elle peut régulièrement s'occuper de celui d'une propriétaire. Elle pratique « l'équitation classique » avec un petit penchant pour le saut « amateur ». Mais un jour, force de passer beaucoup de temps avec ce cheval, un relationnel se tisse sans qu'elle ne s'en rende vraiment compte et petit à petit, le cheval la suit partout en liberté au sol. Gilliane réalise alors qu'il y a d'autres possibilités que simplement se contenter de se hisser sur son dos ! D'autres choses sont à découvrir, cela lui parait maintenant une évidence. Mais c'est au moment où tout devient clair pour elle que le cheval quitte l'écurie. Gilliane, triste, ne pourra rien faire, jusqu'à l'arrivée de Vany dans une autre écurie qu'elle fréquente alors. La jument est très réactive, très expressive, trop même parfois ! Sa propriétaire la confie à la jeune femme qui n'a peur de rien. Et il le faut car Vany « embarque » à tout bout de champ et sème la panique autour d'elle ( je rectifie elle n'embarquait pas à tout bout de champ mais est difficile à tenir). Pourtant, le courant passe entre la « crevette » et Gilliane : une belle histoire est en train de naître.

Envolées colorées

Lors de la présentation, la jeune femme enchaîne voltige, travail au sol puis monté. Vany galop à bâtons rompus pour la voltige, nous admirons le travail de Gilliane. « C'est une guerrière ! » nous dira d'elle Davy Lacroix (dont vous pouvez lire aussi le portrait dans ce numéro). Nul doute qu'il faut avoir l'estomac en place ! La jument galope très, très vite. Le bruit, la musique jouée par le petit orchestre, les applaudissements.... le cocktail d'une ambiance de spectacle dans laquelle la jument fait ses premières armes. Peu commun pour une réformée de courses de 16 ans et sa compagne de 21 ans à peine, qui se concentre pour ne pas glisser de la belle, envolée à toute v vapeur ! La suite au sol calmera un peu les esprits. Vany se fait « déshabiller » en douceur et le duo s'élance pour la liberté. Leur complicité prend alors tout son éclat, la jument est plus détendue, le galop plus calme et cadencé. Gilliane tire alors sa botte secrète : la corde à sauter, parée de jolis nœuds tantôt blancs, tantôt rouges selon la représentation. Les voici qui sautent toutes deux à la corde au galop ! Une image surréaliste mais bien jolie et qui fait la preuve de leur magnifique complicité. Car il en faut pour accepter ce drôle d'exercice sans sourcilier ! Le public est conquis, nous aussi.

Un travail de longue haleine

Vouloir faire du spectacle aux côtés d'une jument galopeuse réformée des courses n'est pas de tout repos ! D'autant que Vany cumule les soucis. De son lointain passé de jument de courses, elle a gardé des séquelles que Gilliane n'a pas réussi à faire disparaître. Elle pense même ne jamais y arriver. Malheureusement, la jument tique à l'air quasi constamment. Pourtant, la jeune femme a tout essayé et elle veille à ses conditions de vie. A son écurie habituelle, Vany vit constamment au milieu d'autres chevaux la journée. Elle est juste rentrée au boxe la nuit car, à défaut, elle perd très vite du poids. Gilliane est aussi obligée de la couvrir en hiver, sous peine de voir la jument perdre très vite de sa forme et de son allure. Il est tout aussi aisé de la monter en liberté sur un carré qu'il est extrêmement difficile de s'en sortir sur son dos à l'extérieur en compagnie d'autres chevaux ! La jument perd alors immédiatement son sang froid, surtout si elle se trouve en « queue » : elle prend la main. Elle reste maîtrisable malgré tout mais non sans difficultés ! Gilliane n'a qu'une option pour ne pas avoir d'accident si elle n'est pas seule : la monter en mors parfois un peu dur. « Je n'arrive malheureusement pas à faire autrement. Si quelqu'un a la solution, je l'attends ! ». La jument est aussi très sensible : telle un pur-sang qui se respecte, elle enregistre tout à fleur de peau, les progrès comme les erreurs. Plus d'une fois, Gilliane en a pleuré et a voulu baisser les bras mais son amour pour la jument et sa combativité ont vite repris le dessus. Pour mettre au point ses numéros, la jeune femme travaille depuis près de deux ans. Elle centre tout sur « l'équitation naturelle » , et se passionne pour le relationnel et les échanges « au feeling ». Elle se débrouille avec les moyens du bord sur place et privilège le travail au sol. A tel point qu'elle en oublie parfois de monter ! Son corp est aussi son outil de travail principal. Pour ses premières représentations en public (son premier numéro en liberté a eu lieu en décembre dernier à Noël à Sion, en Suisse), elle garde sa cordelette autour de l'encolure pour la sécurité. Elle aime le spectacle et c'est un véritable défi que de préparer des numéros avec sa crevette préférée ! Au début, Vany était bloquée. Gilliane, désemparée, avait fait appel à Yvan Minguely, un professionnel Suisse, qui l'avait aidée et avait tenté de lui donner des clefs. Le travail fut long, compliqué. Mais le jour où Vany accepta de se coucher, elle eut le déclic salvateur ! Depuis ce moment, la jument progresse bien plus vite, un verrou psychologique a sauté, les choses se sont enchaînées tout naturellement. Pour autant, le saut à la corde ne s'est pas fait de lui-même ! C'est un exercice extrêmement difficile qui a valu plus d'une fois de belles chutes et frayeurs à Gilliane. Mais aujourd'hui, le résultat est là et il est bluffant.

« Vany est une jument qui reste douillette et nerveuse. Il lui faut son « chez elle » le soir. Elle fouette souvent de la queue, je me pose beaucoup de questions sur elle. Parfois je suis frustrée car le travail qu'elle fait à la maison est souvent bien meilleur que ce que je peux montrer en public ! Mais c'est le jeu, il faut l'accepter et c'est sans doute le cas de nombre d'artistes équestres. Je remercie en tout cas de tout cœur Isabelle de me la confier. J'observe Vany sans cesse, j'essaie d'analyser, de comprendre ses réactions parfois très différentes en public. Mais il y a une chose dont je suis sûre, notamment en ce qui concerne la voltige : si un jour elle me dit stop, j'arrêterai ».

Rédactrice Sandrine Bertrand-Nel
Photos Alexandre Bertramd
     
   

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